Nouvelles et blogue

Carte des établissements des compagnies Robin et LeBoutillier Brothers. Jeannot Bourdages, 2026. Site historique national de Paspébiac.
Carte des établissements des compagnies Robin et LeBoutillier Brothers. Jeannot Bourdages, 2026. Site historique national de Paspébiac.
Paspébiac et son réseau d’établissements (1765-2016)
9 juin 2026

En 1765, la compagnie Robin est fondée par un groupe d’actionnaires de l’île de Jersey. Deux années plus tard, elle choisit le banc de Paspébiac comme centre de ses opérations dans l’Est du Canada. En 1838, elle est rejointe par une seconde compagnie jersiaise, la LeBoutillier Brothers.

Au XIXe siècle, ces deux entreprises se taillent une place majeure dans l’industrie des pêches au Canada. En 1870, la compagnie Robin devient ainsi le plus grand exportateur de morue séchée au pays, dépassant la barre des 50 000 quintaux par année. Pour sa part, la LeBoutillier Brothers occupe le second rang dans la péninsule gaspésienne.

À partir de Paspébiac, la Robin et la LeBoutillier Brothers prennent de l’expansion en ouvrant des postes de pêche et des magasins généraux dans l’ensemble du golfe du Saint-Laurent. Pour l’ensemble de la période, nous avons ainsi pu recenser 54 établissements répartis dans quatre provinces canadiennes.

En Gaspésie, la Robin est d’abord présente à Percé (1783), Grande-Rivière (1833), Newport Point (1854), Pabos (1867), Rivière-au-Renard (1869) et L’Anse-au-Griffon (vers 1880). De son côté, la LeBoutillier Brothers est installée à l’île Bonaventure (1845) ainsi qu’à New Carlisle.

Les deux compagnies développent aussi des établissements au Nouveau-Brunswick. Dès 1767, la compagnie Robin achète du poisson auprès des pêcheurs de Caraquet. Ce n’est toutefois qu’à partir de 1838 qu’elle y construit un établissement permanent. De son côté, la LeBoutillier Brothers s’installe à Miscou, au bout de la péninsule acadienne.

Par la suite, les compagnies étendent leurs activités à la rive nord du golfe du Saint-Laurent. À compter de 1842, la LeBoutillier Brothers est présente à l’île au Bois (Québec) ainsi qu’à Forteau (Labrador). En 1860, l’entreprise s’installe ensuite à Rivière-au-Tonnerre. Peu après, la compagnie Robin ouvre des établissements à Magpie, Sheldrake et Rivière-Saint-Jean. En 1876, elle fait également l’acquisition des installations de la compagnie De La Perelle Brothers à Natashquan.

Au début de l’année 1886, l’ensemble de l’industrie est secoué par un véritable tremblement de terre : la puissante Jersey Banking Company est en faillite. En tant que principaux clients de la banque, les compagnies Robin et LeBoutillier Brothers sont entraînées dans la tourmente.

Dans les années qui suivent, la compagnie LeBoutillier Brothers est relancée par des hommes d’affaires de Québec. Sous la direction de William LeBoutillier Fauvel, elle reprend ses activités, sans toutefois jamais retrouver sa gloire d’antan. Elle cesse définitivement ses activités en 1926.

Pour sa part, la compagnie Robin fait l’objet d’une longue série de réorganisations : rachat par la compagnie Collas (1887), fusion avec la Philip Robin and Co. (vers 1890) et intégration de la William Fruing and Co. (1913). En 1904, elle devient officiellement une entreprise canadienne. À la suite d’une fusion avec A. G. Jones et A. H. Whitman, son siège social est transféré de Jersey à Halifax.

Ces nombreuses transactions accroissent substantiellement le nombre d’établissements de la compagnie Robin, particulièrement du côté de la Nouvelle-Écosse : Arichat, Chéticamp, Grand Étang, Ingonish, Annapolis, Tiverton, Petpeswick, Musquodoboit Harbor, etc. En Gaspésie et sur la Côte-Nord, viennent également s’ajouter les anciens établissements de la compagnie Collas : Pointe-Saint-Pierre, Gaspé, Malbay, Sheldrake, Moisie et Anticosti. Finalement, du côté du Nouveau-Brunswick, la Robin reprend également en main les établissements Fruing à Lamèque et Shippagan.

Au début du XXe siècle, la Robin, Jones and Whitman tente de s’adapter à la modernisation du secteur des pêches et du commerce de détail. À compter de 1905, elle construit de nouveaux modèles de magasins généraux à Port-Daniel, Paspébiac, Bonaventure, Pabos, Barachois et Caraquet. De nouvelles techniques de transformation sont également expérimentées, comme des séchoirs artificiels. Finalement, une usine moderne de transformation est construite à Paspébiac en 1954.

Le 21 juin 1964, un violent incendie détruit toutefois dix-huit de ses bâtiments sur le banc de Paspébiac. À partir de ce moment, l’entreprise délaisse la pêche pour se concentrer sur son réseau de commerce au détail. À Paspébiac, elle inaugure même un magasin à grande surface au début des années 1960.

En 1971, Robin, Jones and Whitman compte toujours onze magasins au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. Comme beaucoup d’autres commerces régionaux, elle fait toutefois difficilement le poids face aux grandes chaînes canadiennes ou américaines. En 2004, elle passe près de la faillite. Les six derniers magasins toujours en opération ferment leurs portes dans les mois qui suivent.

Ce n’est toutefois qu’en 2016 que la compagnie Robin est définitivement rayée du Registre des entreprises du Québec. Avec ses 251 années d’existence, elle aura été la deuxième entreprise la plus durable de l’histoire canadienne, après la Compagnie de la Baie d’Hudson.