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Les mâts de chargement de l'Entrepôt à bois Robin. Photo: Lady McKie, 1952. Bibliothèque et Archives Canada.
Les mâts de chargement de l'Entrepôt à bois Robin. Photo: Lady McKie, 1952. Bibliothèque et Archives Canada.
Mâts de chargement
8 juin 2026

Au milieu du 19e siècle, à l’apogée des compagnies Robin et LeBoutillier Brothers, le banc de Paspébiac compte une grande quantité d’entrepôts pour conserver toutes sortes de produits : morue séchée, sel, bois de construction, équipements de navires, marchandises importées et bien d’autres. 

L’endroit compte majoritairement des bâtiments d’un étage et demi, avec combles aménagées, mais aussi plusieurs de trois, quatre, voire même cinq étages! Aux niveaux supérieurs, ces bâtiments sont souvent dotés de portes de chargement (simples ou doubles) servant à faciliter la manutention des marchandises, de l’extérieur vers l’intérieur et vice-versa. 

Pour effectuer ce travail, les animaux sont d’une aide inestimable. Interviewé sur le sujet, M. Léonard Lebrasseur, un ancien travailleur du banc, explique la méthode utilisée : 

“Nous autres, aux Robins, c’était avec des chevaux. Y montaient les boîtes en haut ou encore les quarts […] y’avait une poulie en bas pis une poulie en haut, avec un gros câble d’un pouce, pour attacher ça, le cheval avait un bacul, là y montaient ça en haut.” 

Pour effectuer ce travail, il était nécessaire d’avoir un endroit ou une structure pour accrocher les poulies. L’étude des photographies historiques nous a permis de relever la présence de mâts de chargement à seulement deux endroits, soit sur l’Entrepôt LeBoutillier Brothers et l’Entrepôt à bois Robin. 

Sur l’Entrepôt LeBoutillier Brothers, du côté de la mer, deux mâts de chargement sont bien visibles au-dessus des portes de chargement latérales du troisième étage. Vu la date de la photographie (1906), nous pensons que ces éléments étaient présents dès la construction du bâtiment, soit vers 1861. Par la suite, ils ont toutefois été démantelés, après le rachat par la compagnie Robin, soit dans les années 1940. Après la création du site patrimonial, ces mâts de chargement n’ont toutefois pas été reconstitués lors des grands travaux de restauration des années 1981-1982 et 2004-2005.  

Pour leur part, les deux mâts de chargement de l’Entrepôt à bois s’avèrent plus récents. Ils ont été ajoutés au bâtiment par la compagnie Robin, dans les années 1940. Cet ajout s’inscrit dans un contexte de travaux majeurs visant à changer la vocation du bâtiment. Selon la tradition orale, il est possible que la Robin y ait alors aménagé une forge. Nous n’avons toutefois encore que peu de détails sur ces réaménagements. 

Sur l’Entrepôt à bois, le modèle original est constitué d’une longue pièce de bois s’avançant à l’intérieur du bâtiment, sur lequel on trouve un anneau permettant d’y accrocher une poulie. La partie supérieure est recouverte d’une longue pièce métallique, en forme de u inversé, servant probablement à protéger le bois des intémpéries. 

En dessous du mât de chargement, le mur est pourvu de cinq longues pièces de bois, servant probablement à le protéger des chocs pouvant survenir durant la manutention des marchandises. Interrogé à ce sujet, Patrick Quirion, du Centre de conservation du Québec, a indiqué n’avoir jamais observé de semblables types de glissières sur d’autres bâtiments au cours de sa carrière. En 1988-1989, les mâts de chargement et les glissières de l’Entrepôt à bois ont été restaurés à l’identique, sans toutefois reconstituer la pièce métallique sur la partie supérieure. 

Dans notre collection de matériaux, nous possédons également un mât de chargement, avec une poulie intégrée, qui est conservé intact au deuxième étage de la Charpenterie. À l’échelle du Site historique, le recensement de seulement cinq mâts de chargement nous laisse penser qu’il a certainement dû exister d’autres systèmes d’accrochage des poulies, probablement plus simples et discrets, donc plus difficiles à observer sur les photographies historiques. 

À cet égard, mentionnons l’existence d’une poulie fixée directement sur l’une des poutres situées dans le corridor de l’Entrepôt LeBoutillier Brothers. Il est bien possible que d’autres installations du même type aient existé auparavant, peut-être directement sur les cadres de portes, mais qu’elles ont ensuite disparu au cours du 20e siècle. 

En 2026, après près de quarante ans, l’un des deux mâts de chargement est actuellement grandement pourri dans sa partie inférieure. Plusieurs trous d’assez grande dimensions se sont formés et nous avons dû, pour des fins de sécurité, bloquer l’accès des visiteurs à cette zone, dans la crainte qu’il ne s’effondre. 

À court terme, pour des fins de sécurité, nous souhaitons donc démanteler celui qui est endommagé, en attendant de pouvoir effectuer un travail de restauration plus poussé sur ces éléments. À moyen terme, nous aimerions ainsi restaurer l’élément endommagé et, potentiellement, profiter de l’occasion pour reconstituer la pièce métallique servant à protéger la partie supérieure. Nous souhaitons également enlever certains éléments contemporains situés à proximité, notamment d’anciennes lumières de sécurité. 

En ce sens, les mâts de chargement de l’Entrepôt à bois Robin, même s’ils sont plus récents, témoignent d’activités absolument centrales dans la vie du banc de Paspébiac. Ils doivent donc, bien sûr, être absolument conservés et davantage mis en valeur à long terme. 

 

Document synthèse en format PDF :  Mâts de chargement – historique

 

Références : 

Jeannot Bourdages. Entrepôt à bois Charles Robin and Co. Paspébiac, Site historique national de Paspébiac, 2025. 51 pages.

Boudreau Fortier et associés/Bergeron Gagnon. Site historique du Banc-de-pêche-de-Paspébiac: Rapport d’intégrité. Québec, Boudreau Fortier et associés, 2003. 91 pages.

Marc Thériault. Rapport d’expertise: Évaluation de la structure du Complexe La Forge. Amqui, Innovation Amerik, 2019. 9 pages.

Comité pour la sauvegarde des bâtiments historiques. Le dossier d’utilisation des bâtiments historiques de Paspébiac. Québec, Comité pour la sauvegarde des bâtiments historiques, 1980. 96 pages.